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| Normalement les oeuvres reproductibles signées, le sont par quantités limitées. Les gravures, lithographies, sérigraphies, moulages, photos, impressions informatiques, vidéos... ont un numéro d’exemplaire au sein du tirage qui est porté sur l’œuvre elle-même ; par exemple : 6/20 pour une gravure. Un mauvais exemple : cette litho de Rancillac, populaire car trop répandue (150 exemplaires et presque tous sur le marché) : sa cote basse n’a pas bougé depuis des années (courtoisie GMA) |
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Une question délicate :
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> toutes les fiches pratiques |
Pour les oeuvres sur papier la reproduction peut monter de 30 à 3000 exemplaires... selon la fantaisie, l’ambition de l’artiste, la technologie ou l’époque (les tirages anciens sont plus limités que les récents).
Soyons clairs : tirer au-delà de 300 sort du raisonnable ; ceux qui ne résistent pas à le faire, s’imaginant vendre plus, oublient cette vérité : les ventes ne dépendent pas du nombre d’exemplaires mais du nombre d’acheteurs !
Inversement : plus le tirage est faible, plus la valeur unitaire est grande car l’oeuvre ayant des chances de s’épuiser, la cote du tirage augmente par effet de rareté.
Pour les vidéos et les photos on observe que le nombre d’exemplaires est plus raisonnable que pour les estampes.
Pour les sculptures le procédé conditionne beaucoup la reproduction, aussi les tirages de bonne qualité dépendent des techniques : 15 (bronzes...), 100 (plastiques...) ; l’avantage est que la destruction de l’original (ou du moule) est plus facile à vérifier, ce qui garanti mieux l’authenticité que pour les photos ou les vidéos.
Il faut distinguer les fontes d’origine (ou anciennes) vérifiées par l’artiste de celles faites plus récemment (après son décès) qu’on appelle fontes d’édition, ce qui en réalité ne veut rien dire, bien qu’elles puissent être de bonne qualité lorsqu’elles émanent des moules d’origine ; en passant vous remarquerez que le moule n’a alors pas été détruit...
Sachez distinguer le droit et la pratique :
1°
cette liste donne les limites juridiques françaises des tirages qu’elle reconnait entre originaux et multiples (les taxes diffèrent) ; si vous voyez des exemplaires signés allant bien au-delà, ils n’ont évidemment pas la même valeur, ne serait-ce que par absence de rareté
2° une oeuvre dite "originale" au sens de l’artiste est celle créée spécifiquement pour le média qui supporte ses tirages ; une litho qui reproduit un tableau (celà existe...) n’a rien d’un original, même signée !
Bien sûr les multiples les plus recherchés sont ceux qui réunissent les deux définitions, c’est toute la différence entre un "original" et une "reproduction".
Il peut ainsi y avoir confusion sur le terme "original" au sens juridique et son utilisation par les professionnels ; la Chambre Syndicale de l’Estampe s’accpomode de la 2° définition qui ne limite pas le nombre d’épreuves mais se tient à la façon dont est conçue l’oeuvre (voir cette Charte).
Nous ne pouvons être d’accord de nommer "originale" une épreuve venant d’un tirage supérieur à 12 (20, 50, pourquoi pas 100 ou 300...), mais approuvons tout à fait le rappel que fait la Chambre des risques et mauvaises pratiques, que nous dénonçons aussi en vous en informant.
| tirage maxi original | technique ou médium | remarques |
| 1 | peinture, dessin, aquarelle... | - |
| 1 | céramique, laques... | - |
| 8 + 4 EA | estampes de toutes techniques | EA = épreuve d’artiste |
| 1 | sculpture brute, taille directe | bois, fer, terre, béton... |
| 8 + 4 EA | sculpture en moule, fonte, moulage... |
métaux, plastique... |
| 8 + 4 EA | émaux... | - |
| 30 | photo argentique | le négatif ne compte pas ; retirages inclus |
| 8 + 4 EA | "prints" informatiques | - |
| 8 + 4 EA | vidéos, photo numérique | coffret signé + certificat d’accompagnement |
Vous pouvez faire une "copie privée" d’une oeuvre (si vous en avez les moyens techniques).
| Pour illustrer, prenons ces deux monstres de l’art, tout aussi productifs mais qui se sont commercialement comportés de manière diamétralement opposée : |
> Pablo Picasso a produit des lithographies en collaboration de l’éditeur Fernand Mourlot (célèbre atelier à Paris, qui existe toujours) en 50 exemplaires numérotés également été notées aux initiales de l’éditeur ; ces tirages ont été de qualité exceptionnelle, l’artiste y ayant accordé une grande attention allant jusqu’à exiger une dizaines d’épreuves pour arriver au résultat final, étroitement surveillé par lui-même ; que de telles pièces soient estimées à quelque 10 à 30’000 € en 2003 est normal ;
Matisse a eu la même démarche avec son livre "Jazz", très coté.
> Salavador Dali lui, d’un geste provocateur délibéré mais peut-être pas dénué d’intérêt, a carrément signé des dizaines (au moins) de feuilles blanches avant que son éditeur ne les passe sous presse, donc sans contrôle de l’artiste ; des mauvaises langues disent que l’éditeur en aurait un peu profité, celui-ci affirme que non, ce raccourci étant nécessité par l’impossibilité de retenir le maître sur place ; qu’importe, le mal est fait et la rumeur de faux courre encore... Alors nous pensons qu’acheter des lithos de Dali même signées devient une imprudence au-delà de quelque 1’000 €.
Autre considération : pourquoi l’artiste fait-il des multiples ?
> pour faire de l’argent ; cela se voit à une grande production peu novatrice (typiquement : la reproduction d’un tableau sous forme lithographique)
> pour diffuser plus largement son art, atteindre des amateurs peu fortunés ou des jeunes, illustrer un livre...
> pour participer à une action sociale ou promotionnelle
> ou pour expérimenter différents médias, différentes techniques et y donner le meilleur de son art ; cela se remarque par des oeuvres très étudiées, particulières, où le style de l’artiste évolue ; les multiples venant de cette démarche peuvent avoir une grande valeur ;
par exemple Soulage a eu une très faible production de lithographies, mais ce sont des oeuvres créées pour ce medium ; la Grande Bibliothèque de France les a toutes rassemblées en une seule superbe exposition en 2004.
Les mauvaises pratiques sont rares, mais soyez informé des abus de langage :
> si une estampe se voit demandée après épuisement du tirage d’origine, la tentation est forte de continuer, ce qui est anormal car la planche ou la plaque d’origine devrait être détruite ; le retirage est un procédé contestable même en photo où ce procédé est courant ; les "oeuvres" ainsi produites sont de bien moindre valeur ; exemple en sculpture : un bronze d’un merle de Claude Lhoste signé se trouve aux Musées Nationaux pour 100 €, prix raisonnable car les originaux valent bien 20 fois plus
> sans aller jusqu’à retirer, les bénéficiaires d’un artiste décédé peuvent tenter d’exploiter le filon en repoussant la limite du tirage en partant de la gravure d’origine ; même si la propriété est légitime ce ne sont en aucun cas des originaux mais des copies tardives (non signées bien sûr)
> il faut pour émettre une copie pouvoir exploiter les gravures ou les moules d’origine, sinon l’affaire est claire : c’est une "reproduction" de peu de valeur voire un faux
> les faux qui circulent sur le marché ne concernent en principe que des artistes chers ; mais attention au risque d’abus provenant soit de l’artiste soit de sa famille soit de marchands ; exemples : Dali a signé des centaines de planches vièrges (pour raison d’absence lors du tirage) et a laissé se reproduire des bronzes sans contrôle (mais pas sans revenus...), Wahrol a fait imprimer des milliers de sérigraphies par ses assistants de la Factory (si bien nommée...), Picasso faisait des quantités d’épreuves non signées d’étude d’une estampe finale, que lui ne considérait pas comme étant l’oeuvre, mais néanmoins mises sur le marché, donc sans son consentement (résultant de fonds d’ateliers, etc)
> les éditions d’origines sont parfaitement légitimes, car elles partent de moules d’origine avec l’autorisation de l’artiste (ou une cession de ses droit à un tiers) ; c’est le cas d’ateliers ayant travaillé pour un artiste et dont l’estampille a été agrée par lui ou ses ayant droit ; elles doivent donc être estampillées ou recevoir un poinçon qu’il faudra bien sûr savoir reconnaître, et comporter la marque du tirage ; elles ne sont évidemment pas signées ; c’est le cas par exemple pour les céramiques de Picasso, les bijoux de Braque, les lampes Daume...
> il n’y a pas de "retirage original", même en photo ; il peut y avoit un "retirage posthume original" : pour un bronze il sera fait à partir du plâtre original (et non pas d’un autre bronze) ,avec l’accord de l’artiste ou de ses descendants, toujours dans la limite de 8 + 4 exemplaires
> les bénéficiaires peuvent légitimement exploiter une marque déposée par l’artiste ; exemple : le fameux bleu d’Yves Klein, qu’on retrouve dans des objets dérivées postérieurs à l’artiste qui, évidemment, ne doivent pas être confondues ne serait-ce que de loin avec des oeuvres d’art
> il est dangereux de faire passer pour un procédé à tirage limité une impression informatique : jet d’encre, etc, car il n’y a aucune limite à la reproduction d’un fichier informatique ; de plus ces factures dépendent de l’outil d’impression et des supports. Elles peuvent être réalisées par un sous-traitant de l’artiste ou même par un pirate, ceci à grande échelle ; on peut envoyer une copie du fichier original par internet, qui peut être reproduit par n’importe qui, n’importe où ; ce problème est nouveau puisqu’un moule, une plaque d’estampe ou un négatif photo ne peuvent être reproduits aussi facilement par le grand public
> autre astuce plutôt limite : faire des variantes d’une oeuvre pour créer d’autres originaux numérotés correctements ; exemples : changer de format, ajouter un écrit sur l’oeuvre... ; si le procédé de tirages spéciaux limités est habituel en littérature, il ne vise pas à multiplier des originaux (la notion n’existe pas) pour gagner plus sans effort, mais à valoriser quelques exemplaires : nuance...
> Conseil : partez du principe général qu’une oeuvre résultant d’un procédé artisanal à tirage limité (comme l’est une gravure qui nécessite le contrôle direct de l’artiste) a toujours une valeur bien plus grande qu’une produite par un procédé industriel, ceci quoi qu’en disent l’artiste ou le marchand : à long terme c’est le marché qui est juge et notamment la confiance qu’ont les collectionneurs.
Vérifiez le marquage de l’oeuvre :
> un original doit comporter, outre la signature et la date, son numéro au sein du tirage : 4/8 par exemple, ou pour une épreuve d’artiste : 3/4 EA (et non pas seulement EA comme nombre d’artistes font, à tort car les autres doivent être détruites)
> une copie doit être signée, datée, et comporter ces mêmes numéros mais moins limités en tirage maximum (mais refusez d’acheter des tirages trop élevés, notamment au-delà de x/300)
> dans certains cas où la technique demande des compétences exceptionnelles (tapisserie, fonte...) il est préférable que l’atelier soit mentionné ; s’il est célèbre, c’est un "plus"
> il arrive qu’une copie en nombre ou une reproduction par une technique automatisée soit signée par un artiste, par amitié, pour une oeuvre sociale, voire par légèreté ou cupidité (Salvador Dali, dénommé "Avidadollars", a même signé des dizaines de feuilles blanches) une telle "oeuvre" n’est pas un original ; elle n’aura qu’une survaleur de curiosité par rapport à une copie non signée.
| Pour les duplications informatiques, refusez d’acheter une reproduction à un prix supérieur à celui d’une affiche (de même pour un DVD ou des photos non signés), c’est à dire quelques dizaines d’Euros, sauf si elle émane directement d’un artiste coté qui la signe, en limite le tirage et fournit un certificat. |
Si vous avez un doute sur l’authenticité d’une estampe venant d’un artiste connu décédé, du fait de la relative facilité de reproduction et de son absence dans le catalogue raisonné, ce doute doit se traduire en terme de risque dans le prix que vous devriez payer ; la situation ne s’améliorera pas avec les nouveaux médias du fait de la facilité actuelle de copie ; c’est un frein pour le collectionneur.
L’achat est aussi une question de confiance : préférez un vendeur connu, la présence d’un certificat d’authenticité ou, au minimum, de vente, ne payez pas en liquide et soyez extrêmement prudent avec les ventes en ligne publique, sans professionnel de l’art derrière, sans autre intermédiaire que le fournisseur de données sur internet (surtout situé hors de la juridiction française).
Certes, le plus important est que l’oeuvre que vous convoitez soit celle que vous aimez. Mais il vous faudra bien gérer un compromis entre le coeur à gauche et le porte-monnaie à droite ; voici quelques réflexes que vous devriez avoir :
> le "bon tirage" est un compromis entre un bas prix grâce à un tirage élevé et un prix élevé d’un tirage limité selon la définition juridique de l’original (une des plus sévère du monde)
> si l’oeuvre est vraiment chère, assurez-vous que la plaque métallique d’une gravure, le moule d’une sculpture, etc, soit bien détruits (assurance bien difficile à obtenir...)
> faites signer par le vendeur un certificat portant : auteur, titre, date, origine, numéro du tirage, tirage, dimensions exactes, date de la vente
> pour une oeuvre rare et/ou de grande valeur (il existe un haut marché des multiples rares), obtenez aussi l’histoire de l’oeuvre : expositions faites, précédentes ventes, précédents possesseurs, anecdotes qui y sont liées
> pour elles également : demandez de voir le catalogue raisonné sinon le catalogue d’une exposition ou une revue la mentionnant, vérifiez le texte explicitant le tirage ; en cas de doute consultez un expert
> c’est pour toutes ces raisons difficiles à concrétiser que beaucoup de grands collectionneurs font confiance à un marchand d’art ou à un galeriste dont la "signature" est reconnue ; si vous n’avez pas une telle relation, n’achetez pas une oeuvre importante sans obtenir ces éléments sinon faites très fortement baisser le prix afin de compenser cette prise de risque : à vous de juger, à partir d’un certain prix, le coeur ne doit conduire seul la transaction.
Et bien sûr, en définitive, ces considérations ne doivent pas primer sur votre envie d’art, qui doit rester dans le monde du rêve !
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