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| photo d’art et photo tout court : faites la différence ! |
photo et vidéo de Sarah Moon(courtesy CCDanemark) |
accueil d’Almanart | et les techniques artistiques ?
il y a aussi un glossaire ! |
question : les Becher à Pompidou et pas les autres, pourquoi ?
réponse : car les uns font de l’art et les autres pas !
Tous les genres existent en photographie contemporaine : reportage, témoignage, publicité, mode, social, sexe... Ces clichés peuvent être intéressants, beaux, nécessaires, choquants, amusants, bref tout ce que l’on veut et peut justifier de belles expositions.
Mais ce n’est de l’art que s’ils sont le produit d’une démarche artistique, ce qui est plus rare.
On a vu en novembre 2004 à la MEP une collection de photos d’immeubles qui, si elle intéresse historiens, nostalgiques ou curieux, n’a pas de rapport avec la collection artistique présentée par Bernd et Hila Becher à Pompidou (voir plus loin).
du mixage à la confusion | haut![]() |
Traditionnellement les expositions de photo se tenaient dans des lieux différents de ceux d’art (exemple : les unes à la MEP, les autres à Pompidou) et s’adressaient à des publics distincts (c’était encore frappant au vernissage 2005 de l’exposition "Paris" au Pavillon des Arts).
Le mouvement contemporain de mixage des arts pousse à leur mélange : le Jeu de Paume exposait en été 05 à la fois Charlin Chaplin et Tony Ousler (dans des salles séparées) ; la Fondation Cartier fait souvent de même.
Quant aux salons, s’ils titrent clairement leur secteur (Paris-Photo / FIAC...), ils opèrent aussi ce brassage des genres, dont un effet est de renforcer la confusion entre art et non-art.
Le public ne sait plus exactement à quoi s’en tenir et bien sûr le commerce a joyeusement suivi.
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| l’influence du marché
La mode de la photo perdure ; elle aura révélé des abus que vous devez connaître : |
pourquoi les photos sont-elles si chères ? |
> les prix auront été parfois très élevés, alors qu’il s’agit tout de même de multiples !
> les appellations comme les tirages auront été souvent à la limite de l’escroquerie ; par exemple une oeuvre d’art "originale"doit doit être limitée juridiquement à 8 exemplaires, mais une photo peut l’être à 30, d’où une tentation...
> qui doté d’un don réel de photographe, qui excellent professionnel, s’est vu canonnisé "artiste photographe" par quelques marchands
> certains usent d’appellations mal comprises du public pour déborder des limites juridiques qui conditionnent la valeur d’un cliché : vintage, retirage, tirage, etc.
Le tri se fera lentement.... soyez vigilant car la valeur des photos à trop grand tirage ne restera pas élevée ! Pour le moment (2008) cette mode perdure ; même des chaînes commerciales se mettent en place : exemple.
De nombreux artistes contemporains utilisent le media photo comme un de leurs outils, leur but étant d’imaginer une image qui traduise un sentiment ou une recherche esthétique particulière.
C’est donc le cas des Becher qui composent une collection, comme Bach aurait composé une suite : cohérence du but (témoigner d’une époque européenne), de la démarche (choix précis des sujets, traités d’une même manière), de leurs compositions (des panneaux par genre) ; si l’historien ou le nostalgique voit une collection d’objets urbains en abandon, l’amateur d’art y trouve en plus un dessin du monde.
> Ne confondons pas les démarches créatrices avec les démarches techniques.
Le cliché "instantané" résulte de l’invention de l’appareil portable Leica 24x38 en 1925, libérant le photographe des chambres qui impliquaient la pose, à l’instar de la peinture en tube qui a sorti les peintres de l’atelier ; la différence essentielle est que les peintres, en plus, ont inventé l’impressionnisme, alors que les photographes empruntent leurs images : l’une est création, l’autre est révélation.
Si des Lartigue et Cartier-Bresson ont profité de ces progrès, ils ont eu les premiers le génie de l’instant volé, pressenti, voire provoqué ; on ne peut les comparer aux milions de clichés pris dans le monde en rafales d’1/3 de seconde par des robots, clichés qu’il suffit de choisir ensuite : statistiquement il y en aura toujours un de génial.
> Le photographe doit s’effacer devant son témoignage.
Cette éthique, cette modestie, existe chez des reporter de terrain, souvent les plus grands ou qui y ont risqués leurs vies, mais aussi chez des photographes esthètes, comme Jean-François Bauret : "les photographes pensent souvent qu’ils sont des créateurs, ... mais ils sont souvent les récepteurs d’une émotion ou d’une vibration qui vient vers eux ; ils doivent s’effacer comme le metteur en scène qui laisse au comédien son espace vital" ; bien sûr, c’est un réel talent que de savoir montrer ces vibrations.
une frontière floue | haut![]() |
La séparation n’est pas nette entre l’artiste photographe qui fait des oeuvres de création au sein d’une démarche artistique, et l’artisan photographe qui fait des oeuvres en s’appuyant sur sa maîtrise d’une technique et sur son observation. Certains font parfois l’un, parfois l’autre.
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> Ainsi, ce photographe contemporain dont l’oeuvre est hétéroclite, allant du reportage à la composition ; la photo de gauche se place dans l’art car l’utilisation faite des spots verts sur une prise de vue travaillée comme en studio a pour but de "magnifier la fantasmagorie du commerce de masse, dont les acteurs rappellent des fantômes en plastique venus d’un autre monde") ; celle de droite, splendide, appartient au reportage |
Jiri Krenek (prix Talentinum 2001, Grand Prix du Salon de l’auto à Paris 2003, deuxième prix Jaromir Funke 2003) est un jeune tchèque qui se libère de savoir dans quel genre il se place quand il travaille (courtesy CCTchèque Paris) |
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> Exemple connu : Martin Parr, qui se place tantôt dans le témoignage (ses séries grinçantes sur les anglais du nord), tantôt dans l’art (ses installations), tantôt mélange les deux (ses autoportraits qui en fait ne le montrent pas, lui -bien qu’il figure partout- mais montrent ce "partout" où il évolue).
| > Ou Thomas Ruff qui, il y a 20 ans, a fait de grands portraits de gens impénétrables ou d’immeubles sans âme, images assez classiques ; puis il est sorti de ce style documentaire pour étudier la perception de l’image ; sa démarche actuelle se place en avant de l’image (qui provient de n’importe où, piquée sur internet...), celle-ci ne faisant que traduire cette recherche : il s’agit de mettre une distance entre l’image et la réalité, pour vous faire prendre conscience que certaines images ne reflètent pas une vérité, mais viennent d’un artifice ; on n’est plus ici dans la photo pure, mais dans l’art ; un de ses procédé est la multi-pixelisation => | clic = agrandir et découvrir le traitement effectué |
| < Ou encore Franco Fontana qui a réussi avec ses Landscapes de véritables oeuvres abstraites minimales, par une recherche notamment sur le cadrage. |
il y a de magnifiques artistes-photographes, | haut![]() |
Cas faciles à classer en artisans photographes : ceux qui font de "belles photos" techniquement parfaites, très agrandies, mais qu’il vous semble possible de faire vous-même si vous en aviez les moyens techniques, financiers et marketing ; citons un photographe célèbre : "même un singe peut prendre des photos"... ainsi d’ailleurs que les caméras de surveillance : vous trouverez sur internet leurs clichés, sous prétexte d’art social...
Distinguer l’artiste de l’artisan (au sens noble du terme) est subtil ; il semble vain de créer des catégories, chaque cas étant spécifique ; mieux vaut s’inspirer de quelques valeurs, exemples :
> Charles Chadwyck-Healey, grand collectionneur de photos, relativise lui-même sa passion (interview Les Echos 21 mai 05) : "la photo est créative mais ne peut se comparer à la peinture qui se conçoit à partir de rien" ; il signifie ainsi la prépondérance de l’imagination sur l’observation
> un autre grand collectionneur disait volontiers : "n’importe qui peut faire une bonne photo en prenant son temps, mais le grand photographe se distingue par sa capacité à ne faire que de bonnes photos"
> Agnès B, grande collectionneuse, a dit : "la photographie est seule capable de rendre l’instant unique et essentiel via l’instantané", qui révèle une émotion que l’oeil n’a qu’à peine perçue et qu’il peut alors contempler à son aise ; Cartier-Bresson lui-même disait : "nous jouons avec des choses qui disparaissent" ; ces acteurs saluent ainsi le talent rare de pressentir et révéler l’instant magique, "l’instant décisif", ou de "flagrant délit" disait Cartier-Bresson
> le travail à partir de photos peut être un puissant moyen d’expression poétique ; Sarah Moon (voir l’image) crée des photos et vidéos narratives qui sont autant de contes merveilleux ; sa jeune protégée Ophélie Asch compose avec des négatifs monocolors superposés qui forment des paysages oniriques
> comparons ces deux célébrités apparemment proches :
- les images gigantesques de Thomas Struth (clic sur un site) sont célèbres par sa totale maîtrise : observation du sujet, prises de vues, cadrages, lumière... tout ce qui concourt à la révélation sublimée du sujet ; ces oeuvres appartiennent au témoignage
- Andreas Gursky (clic sur un site), s’il crée des vues qui ressemblent à priori à celles de Struth, a une démarche plus créatrice : partant de vues combinées prises à partir d’échafaudages (par exemple), il retouche subtilement l’image finale sur ordinateur pour accentuer les effets de foule afin d’exprimer une force, une densité
> Depardon dans les années 80 prenait des clichés qu’il commentait par de courts textes ; cette sorte de narration figurative se situer à mi-chemin de la création et du reportage
> pour les contemporains : les intéressants clichés de Bruce Davidson, Stephen More ou Nan Goldin qui joue sur le scandale (clic sur un site), relèvent du simple témoignage, pas de la création ; ils sont empruntées à la vie
> mais les photos de Sebastiao Salgado (clic sur un site) sont des scènes de reportage social issées par leur eshétique au niveau d’oeuvres symboliques de la misère sanctifiée, disent certains, mais simplificatrices répondent d’autres : polémique qui montre bien qu’elles sortent du reportage brut
> citons Catherine Millet qui, dans sa dernière édition du célèbre "Art Contemporain en France" (fin 2005), précise en avertissement : "comme il faut bien imposer des limites à l’étude d’un art qui ne cesse de les repousser, la photographie n’est prise en compte ici que lorsqu’elle intervient dans (...) le ’monde de l’art’"
> et cette dépêche de l’AFP citant David Hockney (un peintre figuratif qui a aussi composé des mosaïques de photos au sein d’un tableau) : "j’ai exploré la photo (car) c’est la façon dont des gens voient le monde (...), mais cela m’a toujours ramené à la peinture"
> En conclusion : muni de ces quelques valeurs, à vous de juger si l’image convoitée résulte plus d’une démarche créative ou d’une démarche technique et esthétique, donc si elle vaut bien le prix demandé selon son tirage ; et le fait même que vous vous posiez la question vous permettra de mieux l’évaluer.
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