comprendre l’art abstrait !

 

l’art abstrait, chapitre 1 : comprendre

 

 

Que faut-il y voir ? Tout et rien !

Un tableau abstrait ne "représente" rien, par définition ; cette évidence reste parfois encore mal acceptée, par goût, par habitude, par formation. Une oeuvre abstraite s’aborde dans un esprit différent des oeuvres figuratives : elle est ouverte à VOTRE interprétation.

 

 

Joan Mitchell, une des fondatrice de l’expressionisme abstrait américain
des années 50-80 : ST, 1978, pastel
 

 

 

pour comprendre :

 

> comment aborder une oeuvre abstraite ?

> les trois déclinaisons de l’abstraction

> comprendre par l’histoire de sa naissance

> accueil d’Almanart

 

> sommaire art abstrait

 

> réagissez à cet article

 


comment aborder une oeuvre abstraite ?

 

Revenons un siècle en arrière : pourquoi en 1901 Monet, Renoir, Cézanne, Pissarro, Sisley, Degas se virent exclus de l’académique Salon des Artistes Français à Paris ? Car ils étaient les peintres "abstraits" de l’époque.
On leur reprochait de mal décrire les bâtiments, les paysages, les personnages : esquissés, colorés n’importe comment, sans respect des perpectives... : c’étaient de mauvais peintres !
Or ils montraient la lumière, ses vibrations, ses reflets, son imprégnation et effets de changement sur la couleur, sur les objets... : ils ont privilégié l’impression à l’expression ; ainsi :

  > n’y cherchez pas "quelque chose" de concret car, à l’instar de l’impressionnisme, il n’y a pas de "description".

André
Bernheim

( galeriste célèbre)

"l’abstraction laisse la possibilité
de ne rien interpréter "

(interview Les Echos par Judith Benhamou-Huet)

 

Transposons dans l’époque actuelle : que font les abstraits par rapport aux impressionnistes ?
Ils montrent non des perceptions, mais directement des sentiments. Cet exercice est encore plus complexe et aborder une oeuvre abstraite l’est tout autant : si un tableau impressionniste vous invite dans un univers de perceptions, un tableau abstrait vous invite dans un univers mental.

 

  L’impressionnisme vous place dans une situation : sa force est dans le rêve induit, comme une belle photo de plage évoque les vacances ; cette métaphore est de nos jours comprise par tous. L’abstraction est plus intellectuelle, plus méditative ; elle est liée aux dispositions mentales du regardeur : elle suscite en vous des sentiments :
  > laissez-vous aller à la simple contemplation, laissez venir les émotions.

Antony
Tapies :

"pour commencer,
se laisser porter par l’émotion,
ne pas s’efforcer de comprendre"

 

  Les émotions qui sont les vôtres en regardant sont-elles celles de l’artiste lors de la création ? L’artiste veut-il vous transmettre ses propres sentiments ?
Pas forcément, plusieurs d’entre eux affirment que nous pouvons trouver dans un tel tableau ce que nous souhaitons, les sentiments étant trop personnels pour être imposés :
un tableau abstrait est un espace de liberté, pour vous y promener sans directive.
HCI, 2003, de Christian Bonnefoi, montré au Centre Pompidou lors de son exposition en 2008

(courtoisie C.Bonnefoi)
clic=zoom

 

 

Bien sûr, de la part de l’artiste il y a une intention, un souhait, voire un message mais sa réception est personnelle ; par exemple si contempler un coucher de soleil est ressenti comme beau par tous, les sentiments qu’il anime en nous sont personnels : nostalgie, espoir, plénitude, inquiétude... :
> le tableau que vous contemplez vous appartient seul, à ce moment ; il se créé entre lui et vous une relation méditative personnelle et privilégiée.

 

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les trois déclinaisons de l’abstraction

 

Parmi les multiples façons de peindre dans ce domaine, se distinguent : l’abstraction lyrique, géométrique, et décorative ; ces courants ne représentent pas toute l’abstraction mais sont historiquement omniprésents.

 

> l’abstraction géométrique :

 

   

Comme l’architecture, elle repose sur une organisation de l’espace, soit par des lois de construction édictées par les artistes, soit par simple recherche de pureté qui peut aller jusqu’au dépouillement complet, comme l’a fait Malévitch en 1910 en peignant un carré noir sur fond blanc.
Ce sont des approches formelles, des expériences qu’il a bien fallu faire pour aller jusqu’au bout de la démarche de coloriage d’un rectangle de toile ; de telles oeuvres peuvent être belles car pures, équilibrées et, par cette beauté dépouillée, susciter le calme, l’aboutissement, l’accord avec soi, ou au contraire la nullité et le vide.

 

clic = zoom .... Arden Quin (courtesy CCHongrois)

Prenons par exemple la démarche d’un fondateur de l’art géométrique, Le Parc ; Jean-Louis Pradel l’a expliquée dans son livre magistral, et illustrée par cette planche où deux oeuvres composées selon une 1ère règle permettent d’en créer une troisième :
avec : donne : (J-L Pradel,Le Parc,éd.Severini,95,p.43)

 

> quelques artistes : Mondrian et Malevitch pour les fondateurs, puis en Europe : Helion, Herbin, Gottfried Honegger, Nemours, Buren, Morellet, Venet... , ainsi que tous ceux du groupe Madi (l’image montre Arden-Quin, un des fondateurs) ; aux USA : Sol Le Witt, Barnet Newman, Donald Judd, Ellsworth Kelly, Frank Stella....

 

 

> l’abstraction lyrique :

 

   

A l’opposé des précédentes, l’abstraction lyrique ne repose sur aucune loi et est destinée à susciter des sentiments, générer des idées. L’état d’âme de l’artiste, son caractère, le parcours de sa vie, les événements sociaux et politiques qui l’entourent sont les moteurs de son expression artistique : ces oeuvres sont donc signifiantes.
Il s’agit probablement de la plus profonde, la plus belle avancée de la peinture contemporaine ; elle a débouché sur quantité de variantes comme la peinture gestuelle (Pollock, Mathieu...), ou l’art informel (Fautrier, Hartung...).

 

clic = zoom .... Amaranth Ehrenhalt (courtesy Ehrenhalt)

 

> quelques artistes : Kandinsky comme fondateur ; mouvement refondé un demi-siècle plus tard aux USA : Kline, de Kooning, Motherwell, Rothko, Sam Francis, Joan Mitchell, Ehrenhalt (voir l’image ci-dessus)... puis en Europe : Bram Van Velde, de Staël, Mannessier, Bazaine, Lanskoy, da Silva, Fautrier, Fontana, Bissière, Atlan, Michaux, Hartung, Messagier, Hantaï, Zao Wou-Ki, Soulages, Debré... ; il y a aussi une forte parenté avec les expressionnistes abstraits, mouvement historique américain.

 

 

> l’abstraction décorative :

 

 

 

Nous ajoutons à la classification traditionnelle ce qualificatif car il correspond à un genre répandu actuellement.
Attention : ce terme décoratif n’est pas du tout négatif : un décor peut être beau, autonome (indépendant de son environnement) ; il peut constituer une oeuvre à part entière mais n’a pas pour but de s’identifier à un concept autre qu’esthétique ; c’est un exercice de style. Par exemple une vidéo bâtie sur un algorithme mathématique peut être superbe et conceptuellement neutre, pourquoi ne serait-ce pas ainsi pour un tableau ?

Guy de Rougemont (courtesy GdeRougemont)

 

> quelques artistes : Vasarely parmi les fondateurs, Poliakoff, ceux de l’art optique bien sûr et pour les actuels : Rougemont (ci-dessus), Toroni, Oelen... et certains artistes photographes d’art comme Thomas Ruff.

 

 

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