acheter, oui mais... combien ?

aberrations

Bien sûr, c’est souvent le prix qui limite nos ambitions ; c’est aussi lui qui peut nous faire regretter nos erreurs ou nos coupables coups de coeur. Petite notice pour que vous sachiez relativiser les prix et sachiez éviter quelque erreurs :

 

 

  > accueil d’Almanart > sommaire de savoir acheter

> réagissez à cet article

Ces avis sont à caractère général ; le marché haut de gamme y est exclu ; le lecteur doit lui-même actualiser et relativiser.

 

 

hiérarchie selon les procédés de réalisation

 

A la base, le prix d’une oeuvre dépend de son mode de fabrication et de diffusion.
Un artiste travaille un support, un média, pour l’intérêt artistique qu’il présente, mais aussi pour d’autres motifs : produire des oeuvres plus accessibles, mieux propager son nom, gagner plus ; et la loi du marché hiérarchise la valeur que présente une oeuvre selon le procédé utilisé.

En pratique : l’échelle ci-contre donne une petite idée des prix relatifs ; mode d’emploi :
> les n° sont ceux de l’explication ci-dessous > les valeurs relatives sont échelonnées de 1000 à 1
> ainsi le sosie d’un oeuvre "unique", mais tiré "en nombre" vaudrait près de 1000/50=20 fois moins
> application : une oeuvre unique étiquettée 3000€ pourrait se vendre 3000/20=150€ sous forme litho tirée par exemple à 300 ex.

 

1 : les plus hautes valeurs sont évidemment atteintes par les oeuvres rendues uniques par leur mode de réalisation : huiles, aquarelles, sculptures en taille directe, monotype... ; s’y joignent les oeuvres déclarées uniques par l’artiste et dont le procédé de fabrication (moule, gravure, master...) est certifié détruit
2 : suivent les pièces qui entrent dans la catégorie juridique des oeuvres « originales » (voir la table de correspondance) : bronze estampillé x/8, estampe à tirage tout aussi limité, etc, avec la même remarque sur la destruction du procédé d’origine ; les exemplaires marqués EA (épreuve d’artiste) ont une valeur identique, à condition qu’ils soient limités à 4 et numérotés AE x/4, et ce n’est pas toujours le cas l’artiste s’imaginant qu’il peut faire autant d’essai qu’il le veut : certes, mais il ne doit pas les vendre tous...
3 : puis viennent les tirages limités mais dépassant les limites juridiques (c’est malheureusement très fréquent, surtout par ignorance), dont on doute que l’original ait été détruit (ou que l’on ne se soit pas posé la question) : bronze estampillé x/20, lithographie ou vidéo x/20, photo x/50...
4 : rangez en dessous les tirages en nombre, au delà de 100 par exemple (ou pire, 500...) qui témoignent d’une volonté de forte diffusion, que ce soit pour la bonne cause (des oeuvres pour tous), pour gagner plus, par prétention ou naïveté ; c’est l’intention de l’artiste, ou de ses ayants-droit qui doit être considérée
5 : enfin viennent les copies non signées mais de grande qualité, produites par un éditeur d’art : alors c’est l’estampille de cet éditeur qui fait la différence, avec deux conditions : que l’oeuvre ne soit pas dénaturée (dimensions correctes) et que les droits d’auteur soient respectés (impliquant l’accord de l’artiste ou de ses ayants droit) ; les vidéos à grande diffusion entrent dans cette catégorie
6 : comment positionner les affiches et reproductions tardives ? Même lorsque la qualité est bonne, ce sont des produits dérivés : on sort du domaine des oeuvres d’art pour celui des objets décoratifs, quels que soient leur qualité technique, leur esthétique ou leur prix.

> les coûts techniques peuvent constituer un plancher élevé : certains vidéos, traitements par informatique, contrecollages, supports photos grands formats sont chers en production, même à moyenne échelle.

En pratique : soyez réservé sur tous les procédés de grande reproduction sans participation directe de l’artiste : sérigraphie, print informatique, vidéo, sculpture en plastique, photo... ; on ne peut leur attribuer la même valeur que pour les procédés manuels, l’estampe par exemple, et ils peuvent facilement être piratés ou retirés.

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combien payer un multiple ?

 

Un multiple est une oeuvre obtenue par procédé reproductible ; elle est considérée sur le marché comme mineure par rapport à une pièce par essence unique. "Mineure" ici ne signifie ni qu’elle soit de piètre qualité artistique ni qu’elle soit négligée par son auteur, qui peut choisir de faire un multiple pour diverses bonnes raisons :
- le support correspond mieux à l’expression artistique qu’il souhaite obtenir,
- il souhaite créer des oeuvres abordables pour satisfaire un public élargi,
- il n’a pas le choix, le support de l’oeuvre est par essence copiable (vidéo...).

Mais la vraie problématique du tirage est commerciale : le prix de vente d’un multiple est conditionné par :
- la cote générale de l’artiste, sa réputation générale
- son intérêt, sa virtuosité pour le procédé utilisé
- le succès de la vente du tirage (sa rareté sur le marché)
- le nombre d’exemplaires tirés : plus il est élevé et moins le prix devrait l’être.

  En pratique :
> au début du XXè siècle le nombre d’exemplaires tirés par les artistes modernes étaient faibles, rarement plus de 100, souvent moins de 20, ces estampes étaient de véritables oeuvres originales ; devenues rares elles sont naturellement chères (c’est moins le cas des sérigraphies, déjà destinées à des tirages plus élevés)
> maintenant les prix sont toujours très dépendants des tirages mais des exagérations se constatant de presque tous les artistes (100 à 300 exemplaires étant devenu courant), les prix évidemment se sont écroulés : par exemple vous trouverez facilement un Klasen ou même un Wahrol à 200€ (mais veillez aux faux !)
> quand vous scannez les résultats des ventes aux enchères, vous verrez parfois parmi des lithos à 150-350€ une ou deux adjugées à 1500 voire 3000€ ; que c’est-t-il passé ? Sauf édition rare connue que par quelques spécialistes, c’est certainement deux enchérisseurs qui se sont bagarrés de manière irraisonnée, c’est courant... Ne tenez pas compte de ces aberrations
> attention aux mauvaises habitudes qui subsistent :
par exemple vous trouvez aussi des lithos d’artistes comme Bram Van Veld ou Dali tirées à 200-300 exemplaires à 500-1000€ environ ; fuyez c’est bien trop !
 

cette Maryline qui fait tourner les têtes, litho de Rancillac, 1997, au tirage encore honnête de 150, ne devrait pas dépasser 200€ dans une vente



Sur les nouveaux médias, des ambitions commerciales dérèglent le marché :
> ainsi en est-il de la mode pour les photos (voir notamment ceci)
> les "prints" informatiques sont parfois confondus aux matériaux nobles, alors que ce sont des procédés industriels et que le résultat est assez variable
> pour la vidéo les prix ont été mal positionnés dès le départ, donc les ventes stagnent : comment expliquer que sur un même type de support on puisse pirater des films mais payer 2000 € une oeuvre artificiellement "limitée" ? Des initiatives tentent de compenser cette anomalie en offrant deux configurations d’une même oeuvre vidéo, par exemple :
 - une série originale de 8 comprenant un DVD master, un double à visionner, une documentation, des photos extraites et signées, le tout en coffret avec certificat et signature de l’artiste, pour 2000 €
 - une série illimitée du seul DVD non signée, entre 30 et 50 €.

La logique serait de baisser les prix des tirages vidéos et les tirages papier récents : ces technologies se banalisent, leurs coûts de production baissent, pourquoi n’est-ce pas répercuté sur le marché ?

   

En attendant les estampes faites unitairement à la main ont la vie belle, valeurs sûres si elles sont raisonnablement tirées, car difficilement reproductibles après création.

En pratique : ne vous précipitez pas sur les nouveautés techniques : cet investissement perdra souvent de la valeur en se banalisant, sauf s’il s’agit d’un jeune artiste qui ne créer que sur ces techniques et semble avoir un avenir, alors n’hésitez pas : sa cote croîtra probablement plus vite que la dépréciation relevant de la technique.

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veillez aux procédés marketing

comme par exemple ceux-ci :
> faire mousser : comme cette exposition personnelle documentée d’un excellent artiste, connu mais pas célèbre (Cathelin), ne comprenant que des lithographies tirée à 25 (donc même pas oeuvre originale) et vendues au niveau de prix d’une huile...
> créer une cote artificielle : elle doit être liée au marché des enchères, aussi la décrêter sans qu’il y ait vente réelle est tromperie, ce qu’admettent pourtant certaines mises en vente, un certain annuaire des cotes, certains marchands avec la complicité de l’artiste
> bloquer la cote : l’artiste, le marchand, doivent admettre qu’une cote une fois établie ne fasse pas que monter quoi qu’il arrive : la bourse, elle, fluctue selon le marché et la santé de l’économie
> vendre en direct au prix galerie : l’artiste qui agit ainsi sans être lié à une galerie, n’a pas à vendre au "prix galerie" mais devrait y déduire sa marge brute de 50%
> créer la rareté, jeu très ancien : un marchand ayant une vision l’art, peut acheter la production d’un artiste en devenir, stocker les oeuvres en les montrant peu, puis les mettre en vente lorsque l’artiste est connu ; les plus grands l’ont fait (Kahnweiler, Beyeler...) mais ils ont été aussi d’irréprochables soutiens et découvreurs d’artistes ; d’autres n’ont pas cette prestigieuse facette
> être trop fidèle : certains artistes sont liés à une seule galerie depuis des années et n’exposent pas ailleurs ; cette juste fidélité a pourtant un effet pervers : faire monter la cote selon les ventes, mais... que se passe-t-il si la galerie ferme ? Eh bien, l’artiste disparait du marché ; une catastrophe pour lui, pour sa cote comme pour ses collectionneurs
> faire "un coup" : surfant sur la mode, un marchand surcote un artiste émergent ; moralité : celui-ci est enfermé dans sa cote trop élevée et en cas de démode il aura beaucoup de mal à en sortir.

 

 

 

sachez vous défendre

> faites jouer la concurrence, comme vous le faites pour vos achats communs ; exemples : une galerie sur les quais vendait 2 fois plus cher des Lapiques qu’une au quartier Latin ; dans le Marais une galerie branchée vendait 50% plus cher des oeuvres d’avant-garde qu’une 200 mètres plus bas
> discutez le prix, vous obtiendrez immédiatement 5%, avant même de persévérer ; mais ne négligez pas pour autant le travail de fond qu’effectue une bonne galerie
> préservez-vous de la mode : vous savez bien que les restaurants branchés ne sont pas meilleurs mais plus chers que les autres, idem pour les vêtements, idem pour... l’art
> préservez-vous des "marques" : comme dans les fringues, l’acheteur d’art est soumis au marketing avec sa communication sur les marques haut de gamme ; en l’occurence il s’agit de grands noms d’artistes sensés garantir une haute qualité ; or la production d’un artiste n’est stable ni en qualité ni en valeur.

En pratique : ; achetez une célébrité si vous en avez les moyens mais pas n’importe quelle de son oeuvre ; n’hésitez pas à demander des conseils, vous n’imaginez pas le nombre d’erreurs que nous avons pu faire éviter... si vous débutez, achetez des multiples car le plaisir est là, mais sachez qu’ils ne gagneront que très peu en valeur. Et suivez nos suggestions : dans les autres rubriques de "Savoir Acheter" et aussi "Sachez Investir".

Et aussi ceci !

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