galerie d’art : rôle et mode d’emploi

 

 

Plaidoyer pour de belles, bonnes et saines galeries d’art :

Elles sont adulées par les artistes qui y sont et vilipendées par ceux qui voudraient y être

Elles contribuent à la vie urbaine autant que les commerçants qui agrémentent nos rues, elles sont indispensables au monde de l’art comme découvreuses et, pour la majorité d’entre elles, supportent efficacement les créateurs.

Elles forment un pivot qui relie le monde des arts au public et au marché. Elles doivent aussi vivre.

Quant à ceux qui critiquent leur marge, succombant à la mode suicidaire du tout-gratuit-sauf-moi, sont-ils bien conscient que sans les galeries, l’art plastique disparaîtrait de la rue et se cantonnerait au microcosme des amateurs fortunés et des professionnels de la culture : on régresserait d’un siècle...

> voir aussi : comment acheter en galerie ?

 
où voir ce tableau minimaliste lyrique de Oscar Gauthier ?
(courtoisie gal.Arnoux) ... clic=zoom

 

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galerie d’art, mode d’emploi du visiteur :

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> les galeries vous accueillent de mardi à samedi ; mais les plus petites du Marais que dès le mercredi (car le musée Picasso est fermé le mardi) ; elles ouvrent de 10:00-11:00 à 19:00 sans interruption, les plus petites de 12:00 voire de 14:00 ; les français n’ayant que peu de sens pratique, il n’y a jamais d’écriteau "ouvert/fermé" sur la porte et rarement un horaire affiché, alors il n’est pas toujours tenu !

> dans les vieux quartiers, St-Germain, Marais, beaucoup de galeries n’ont pas vitrine sur rue comme les magasins et occupent une arrière-cour souvent très paisante : cela fait partie du charme ; alors veillez à la plaque signalétique sur le mur de l’entrée et n’hésitez pas : sonnez soit sur le bouton sans écriteau sur le côté du porche qui déclenche l’ouverture de la porte ("clic", "bzz") qu’il suffit de pousser, soit sur le bouton en face du nom de la galerie ; pas d’appréhension, des dizaines de gens l’auront fait avant-vous et cela n’étonnera personne ; parfois il vous faut même monter à l’étage, la galerie étant aménagée dans un ancien loft ou appartement

> il y a toujours quelqu’un de présent, qui vous dira souvent bonjour (mais pas toujours, vous êtes en France...) ; personne ne se lèvera pour vous expliquer, il faut demander, mais c’est le résultat du succès en nombre de visiteurs (sauf dans les toutes petites galeries, et ça sera probablement le propriétaire qui se fera un plaisir), mais vous pouvez :
 - aller vers le comptoir lire le dossier de presse de l’expo, le lire et aussi le prendre (sinon demandez-le)
 - demander quelqu’un pour vous expliquer ; n’hésitez pas c’est normal

> distinguez les grandes galeries qui sont, sur le plan du comportement, plus proches du petit musée (un escadron de jeunes tapent sur des ordinateurs et c’est tout) mais qui mettent toujours à votre disposition de la documentation gratuite et payante sur l’artiste et l’expo, des petites galeries plus chaleureuses (le dialogue y est facile si la personne compétente est là) mais moins organisées ; il faut aussi être indulgent car le métier est très prenant (voir ci-dessous)

> il y a toujours une liste des prix qui, si elle n’est pas posée à côté de la documentatio,n est disponible sur demande : n’hésitez pas c’est très habituel même sans intention d’achat ; le prix est TTC, toutes taxes inclues mais sans le transport ni assurance (sauf négociation)

> vous pouvez négocier ce prix, il est d’usage en période économique normale d’obtenir 5% ; en fin 2008 on pouvait aller jusqu’à 25-30% mais ne croyez pas que c’est la règle car alors la marge nette du galeriste est quasi-nulle ! Mais vous pouvez plus facilement obtenir un cadeau, par exemple une autre petite oeuvre ; si vous êtes intéressé, ouvrez donc le dialogue avec le galeriste ou une personne compétente (sinon prenez RV), d’autant qu’il a certainement des choses passionnantes à vous racconter et peut vous guider dans votre choix, ce contact est essentiel et heureux en art

> l’avantage d’un achat en galerie, plutôt que sur internet en particulier (voir la comparaison) est de pouvoir changer d’avis pour une autre oeuvre (parlez-en au galeriste avant l’achat, tout de même), d’obtenir un certificat d’authenticité et une facture : tout ceci est bien plus sûr, y compris l’avis et l’expertise du galeriste, sachant le nombre élevé de faux et de magouilles sur e-Bay par exemple...

 

 

le rôle d’une "galerie-type" :

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elle est à la fois lieu d’exposition et de commerce, intermédiaire entre artistes et acheteurs ; elle est tenue par quelqu’un de passionné et compétent, souvent spécialisé (voire expert) ; elle est pourvue de documentation, peut-être d’un rayon librairie.

Son rôle est de vendre et soutenir des artistes avec lesquels elle aura souvent passé un contrat (parfois d’exclusivité et limité dans le temps), pour en assurer la promotion par divers moyens : expositions en son lieu, manifestations, foires en France ou à l’étranger, prêt d’une oeuvre, diffusion d’informations, réalisation de documents et d’affiches, mailings, communiqués à la presse et sur internet ; elle supporte la logistique (organisation et installation des expositions, emballage et acheminement des oeuvres, assurance...), et bien sûr l’administration (comptabilité, droit...) ; elle cotise à la Maison des Artistes, paie la TVA (voir ce mécanisme), gère le droit de suite (ce qui diminue encore sa marge...) et aussi doit payer ses assistant(e)s et les charges afférentes. Les plus dynamiques avancent même des fournitures aux artistes, d’autres (comme Perrotin) montent une structure de production d’oeuvres, sachant que la réalisation de certaines d’entre elles nécessite de gros frais, et plusieurs galeries se lancent dans la production de catalogues raisonnés d’artistes connus.
Cela fait beaucoup, et ce n’est pas tout :

 

> les frais de notre galerie sont élevés dès lors que ses actions sont fortes et nombreuses, notamment en main d’oeuvre : vous voyez souvent en arrière-plan des jeunes pianoter sur des ordinateurs ou manipuler des monceaux de documents ou de cartons
> elle prend des risques, notamment de soutenir un artiste pendant plusieurs années avant qu’il ne commence à être connu sur le marché : savez-vous qu’un nouvel artiste venant dans une galerie sera en moyenne rentable pour elle seulement au bout de 3 ans ?
> elle va parfois à acheter les oeuvres d’un artiste, pour le soutenir financièrement (bravo !) ou spéculer dessus (bof, mais c’est pourtant comme ça qu’ont fait bien des galeriste célèbres comme par exemple Kahnweiler)

Artiste : savez-vous qu’elle participe pour vous à la cotisation à la Sécurité Sociale ?
Puristes : sachez que lorsqu’elle prend un risque financier, il faut bien qu’elle s’assure quelques revenus ; aussi ne vous étonnez pas qu’épisodiquement elle monte des promotions en marge de son activité : ventes spéciales d’objets, de vêtements de jeunes créateurs, ou qu’elle loue son espace pour des réunions privées ou d’entreprises... elle a besoin de vivre ! Pensez donc à ce que seraient St-Germain et le Marais sans ces galeries : que des boulevards à fringues... beurkh !

Souhaitons-lui le bonheur d’avoir trouvé, pris le temps et su promouvoir l’artiste parvenu devant la scène : elle l’aura bien mérité.

 

 

 

des galeries cherchent à se différencier :

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Certaines cherchent plutôt des artistes reconnus qui par leur cote procurent un flux financier important et régulier, corollaire du haut de gamme ; mais se hisser à ce niveau demande du temps, une très haute compétence et des moyens financiers à la hauteur de l’enjeu.
Elles peuvent aussi jouer le jeu traditionnel et spéculatif du second marché : acheter des oeuvres d’un artiste, les conserver, puis les revendre.

D’autres cherchent à se démarquer en se spécialisant : dans un genre (le surréalisme...), un support (l’estampe, la vidéo...), une époque ou une région du monde... D’aucunes cherchent à s’adapter à l’évolution des moeurs ; par exemple elles proposent des services complémentaires : agence de communication, d’intermédiation, ou édition et librairie, ou bien import-export d’oeuvres ; on voit aussi des expériences réussies de mixage d’activités d’art et création : design et art, photo et art plastique... ; mais il y a des limites : un magasin fashion qui ouvre un espace d’art n’est pas une galerie mais une entreprise qui a la bonne idée d’améliorer son image par l’art, ce qui commence à venir en France, à l’instar des USA ; c’est du domaine marketing voire du sponsoring.

Enfin des galeries spécifiques louent leur espace à des artistes : c’est un débouché pour ceux qui ne trouvent pas à se placer dans le circuit, du fait de la saturation des offres d’artistes. Ce mode fonctionne bien lorsque le galeriste joue correctement son rôle par des services : invitations, mailing, accueil lors du vernissage puis après, documentation, etc, avec le savoir-faire qui va avec ; sinon l’équation qualité coût réputation (car tout se sait) peut devenir défavorable à l’artiste : renseignez-vous avec attention (et Almanart peut vous aider).

 

 

 

 

 

Ce qu’on n’aime pas en entrant :

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> pas de boujour, pas même un coup d’oeil : on vous snobe, c’est français, parisien surtout...
> pas de documentation sur un bout de table facilement accessible, ni de liste des prix sans devoir demander
> pas le moindre effort ni sourire envers le client
> pas de respect des horaires affichés, aucun écriteau lorsque c’est fermé, pas même une excuse...

 

En 1998 disait Jean-Marc Salomon, créateur de la fameuse Fondation du Château d’Arenton à Grenoble (Les Echos Week-end 8 avril 05) "j’ai fait le tour des galeries... j’étais en jean et baskets... j’ai été plutôt mal accueilli dans nombre d’elles" ; depuis il aura investi plus de 1 M€ dans l’art... cherchez l’erreur, celle qu’on ne ferait jamais aux USA.
Dix ans après, cela s’est bien amélioré, mais pas chez tout le monde, surtout à Paris... cela existe, nous le vérifions et ces galeries-là, croyez bien que nous ne citons pas leurs expos ! ; c’est donc encore trop. Les étrangers doivent apprécier...

Etre poli, souriant, ça s’apprend ; malheureusement pas à l’école (l’enseignement du civisime y a disparu) alors que les galeristes fasse leur boulot de patron envers leurs employés, en supposant qu’ils soient polis aux-mêmes.

 

 

Prière aux galeries, par l’amateur parisien ou d’ailleurs :

> que vos horaires répondent à la réalité urbaine !
beaucoup d’acheteurs ont des responsabilités et ne sont pas disponibles avant 19-20h et les gens sont plus libres les week-ends ; toutes les activités culturelles (théâtre, musique...) suivent ces principes, y compris les musées (sauf ceux de la Ville de Paris, les Maires ayant toujours favorisé leur clientèle de fonctionnaires plutôt que leurs administrés...) ; la plupart des galeries pratiquent cela

> que vos jeunes hôtesses ne restent pas planquées derrière un guichet (leur ordinateur) !
mais se déclarent à disposition des visiteurs ; faites leur faire des exercices de sourires devant la glace... qu’elles apprennent le français et la politesse en commençant par "bonjour, puis-je vous aider ?"... sinon montrez leur le chemin de l’ANPE

> que votre espace soit convivial !
avec un petit espace d’accueil avec documentation et, miracle, une chaise

> que vos prix soient réalistes !
ce qui se vend aujourd’hui est ce qui se consomme ; soit, en terme de marketing : l’art, pour devenir populaire, doit pouvoir toucher toutes les couches de clientèle, pas seulement les plus riches : n’oubliez pas les jeunes qui seront vos clients de demain. Alors que cesse cette course artificielle à la cote élevée qui rend les oeuvres inaccessibles et gonfle les stocks d’invendus chez vous et chez les artistes ; le bienfait de la crise économique est de remettre quelques pendules à l’heure...

ainsi soit-il...

 

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