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investir : l’avis d’un auctioner

 

Entretien réalisé en automne 2007

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Si l’art est une passion, l’effort financier parfois très élevé implique que la valeur patrimoniale de l’oeuvre entre en force dans votre décision ; dans quelle mesure ?

Martin Guesnet

dirige le secteur art contemporain chez Artcurial, un des plus grand auctioner mondial en art contemporain, français, installé à Paris au Rond Point des Champs-Elysées...

...devant une huile de Jacques Monory : "Dimanche matin", 1966, 140x245, vendue en octobre 2007 92’000€

(courtesy Artcurial)
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Almanart : collectionner l’art, est-ce un investissement ?
Martin Guesnet : c’est même un investissement total : intellectuel, en temps, en argent !
Collectionner est un effort conséquent qu’il faut comprendre dans un esprit patrimonial, car l’effet de levier ne se fait pratiquement jamais avant 3, voire 5 ou 10 ans ; mais considérer en priorité le rendement correspond plutôt à une approche professionnelle

 

> At : chez vous quels sont les profils des acheteurs particuliers ?
M.G. : ce sont généralement des initiés qui font un acte réfléchi : ils étudient le catalogue, viennent voir l’exposition s’ils le peuvent, se renseignent, demandent conseil ; pour nous la question est de savoir pourquoi ils achètent. Une collection faite par passion est souvent captivante mais si c’est un moyen de domination elle peut devenir ennuyeuse

 

> At : comment commencer une collection ?
M.G. : d’abord il faut exercer son oeil : aller au musée, voir les galeries, voir nos expositions d’avant-vente ; le plus difficile est d’arriver à faire confiance en sa propre intuition, car on est toujours dans le doute.
Les multiples pour débuter ? Oui, c’est un excellent moyen d’exercer son oeil sans prendre trop de risques, mais la progression des cotes est moindre que pour les pièces uniques, bien qu’il y ait un marché comme par exemple Warhol ou Picasso. Mais mieux vaut demander conseil car le risque de faux peut être fort, même si aux enchères il y a une sécurité car en cas de constat de faux, l’étude rembourse l’achat

 

> At : auriez-vous quelques conseils à donner à l’acheteur ?
M.G. : volontiers :
> d’abord, ne pas prendre des artistes trop locaux (par exemple connus seulement en France) ou très politisés, ou faisant avant tout un autre métier ; pour un artiste, être professionnel, médiatique, communicatif fait désormais partie du job !
> il faudrait devenir un "amateur professionnel" : analyser, se documenter, réfléchir (même si acheter de l’art est un acte de passion) car maintenant le choix est devenu trop diversifié pour tout voir, tout savoir
> faire appel à un expert, certes, mais la question est de savoir lequel... même moi je ne connais pas tout !
./..

 

Voir aussi investir en art, comment, quoi

 

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M.G
 : ../.
> il faut consulter les cours aussi, mais avant tout s’appuyer sur un réseau personnel qui se constitue progressivement
> faire attention, il peut y avoir de nombreux pièges : des faux, de mauvaises pièces ( même un grand artiste ne peut être toujours excellent), le problème de la signature (qui peut varier dans le temps), celui de l’authenticité…
> enfin, se poser la question : pourquoi donc tel tableau "tient" et pas cet autre ?

 

 

> At : fréquenter des artistes, est-ce une bonne approche ?
M.G. : oui, mais je ne suis pas sûr que les achats directs aux artistes soient avantageux, car il n’y a pas plus séducteurs qu’eux !
Si le désir de contact avec l’artiste est légitime, l’investisseur doit choisir son approche : soit par l’oeuvre, soit par l’artiste ; or parfois l’homme est intéressant mais l’oeuvre l’est moins, une démarche d’investissement est plus hasardeuse dans ce cas

 

 

> At : y a-t-il des risques, des difficultés ?
M.G. : disons qu’il y a des domaines, des genres, où les cotes sont déjà trop hautes et d’autres où elles ne sont pas encore à maturité, il faut donc les connaître ; et cela dépend des artistes eux-mêmes ; par exemple Gérard Fromanger qui aura été très engagé politiquement est actuellement moins sur le devant de la scène que Erro (NDLR : qui s’est aussi adapté aux courants actuels avec un style assez BD), or ce sont tous les deux de très grands peintres

> At : mais n’y a t-il pas parfois des amuseurs publics dont la cote, la mode passée, risque de retomber assez vite ? Par exemple Hyber et Koons n’ont-ils pas parfois abusé en ce sens ?
M.G. : ces "amuseurs" comme vous dites sont parfois de grands artistes, il faut les voir plus globalement : d’abord en tenant compte du contexte de leur création et ensuite les juger sur plusieurs années, c’est un choix complexe.
Et l’époque de production d’une oeuvre est un facteur important. Prenons par exemple pour les Nouveaux Réalistes qui vont jusqu’aux années 80, la période 60-65 a été la plus importante du point de vue de la création, il y a des oeuvres historiques, d’autres pas.

 

> At : merci de cette leçon passionnante !

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