Comprendre le graffitismeSalissure ou art, marquage de révolte ou existensialiste ?
Tout à la fois : donc sachez faire la part de l’art et distinguer les définitions entre tags et graffs.
double toile (détail) de Creez, graffeur français |
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Savez-vous que le fondement du graffitisme actuel remonte à la fin de la guerre, aux USA bien sûr ? Mais le vrai démarrage fut à Philadelphie dans 60’s, puis à New-York dans les 70’s ; à cette époque il ne s’agissait pas d’art mais de manifestations identitaires en banlieues et de protestation notamment contre la guerre, uniquement à base de letterings (lettrages) et de tags (signatures et slogans).
Ce fut dans la fin des 70’s qu’apparurent les premières peintures (fresques, personnages de BD, caricatures...), sur les métros puis les murs, qui s’amplifièrent vite pour donner lieu dans les années 80 à des manifestations un peu décalées mais déjà officielles (festivals, commandes, expositions en galeries...), non seulement aux USA mais aussi en Europe. Des célébrités déjà anciennes comme Jean-Michel Basquiat lancé par Warhol, et Kait Haring on démarré dans ce milieu ; leur biographie (comme celle des autres graffeurs célèbres) montre un élément fondamental à la compréhension du développement du graphitisme : l’imbrication avec la musique.
Voir un résumé de l’histoire du graphitisme.
en banlieue chinoise
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L’art du graffitisme s’est aujourd’hui généralisé sur la planète, favorisé par la disponibilité des aérosols, au sein d’une culture urbaine transversale comprenant la musique, la danse (hip-hop…), le sport (skate, board, surf), vécue souvent en groupes ("crews"). S’il est encore peu vu dans les circuits traditionnels, cet art se distribue largement sur internet, par des albums de photos, dans les boutiques branchées ; les artistes viennent souvent des banlieues et se manifestent "officiellement" aux centres villes par des commandes pour décorer des magasins, des murs, des événements (voir notre sélection de sites de graffs). |
Quel rapport y a-t-il entre le hip-hop, le skate, et le graffitisme ? A part leur fort développement en fin des 80’s, à priori rien : aucun rapport logique ne rapproche un sport et un art, pas plus qu’un art musical et un art plastique. Sauf... la rue ; le "street art" englobe graf, danse et musique.
Car toutes ces activités sont vécues par des jeunes de banlieues, lieux qui se ressemblent tous dans les pays occidentaux : elles ont trouvé dans cette population pleine d’énergie un énorme retentissement, vecteur de reconnaissance d’une sorte de communauté qu’on a appelé hip-hop sans vouloir trop discerner.
On peut trouver d’autres parentés : celle entre la gestuelle sportive (la glisse en général) et la gestuelle graffitiste, et le fait que toutes deux sont (ou plutôt étaient) en marge d’une société qui interdit la glisse comme la peinture sauvage en son sein.
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> Qu’est-ce que le hip-hop ? C’est un type de musique et de danse accrobatique vécu par des jeunes qui se défoulent intelligemment ; une forme d’art original et créatif, qui a débouché sur des concours, des concerts, des événements. > Qu’est-ce que le skate ? C’est un sport de jeunes, prolongation 4 roues des antiques patins à roulettes, modernisés "rollers", qui a aussi débouché sur des concours de haut niveau (comme le surf auquel d’ailleurs il se rattache) dans un esprit un peu marginal et viril. |
En cela rien de nouveau : entre arts, des passerelles se sont toujours établies : le plus ancien étant l’opéra, composé de musique et de théâtre ; mais les arts contemporains multiplient ces liens, entre cinéma et musique, sculpture et architecture, voire les intègrent entre eux.
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Ce qui est plus récent, c’est la mondialisation du phénomène, encouragée par la banalité urbaine où les jeunes de tous pays se reconnaissent : New-York (<) Paris (>) Pékin (>>)
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une race récente : les "artistes des rues" |
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Les artistes des rues sont des plasticiens agissant volontairement dans les villes sans passer par des cimaises et des salles d’exposition ; soit par vocation d’indépendance et de non récupération, soit par évolution depuis la clandestinité des banlieues ; certains ont commencé par saloper les rues par des tags, puis les meilleurs individus comme les meilleurs "crews" (groupes) ont évolué vers l’art ; ainsi certains sont désormais passés de la marginalité à la reconnaissance dans la société artistique. A Paris citons Pignon Ernest Pignon (un précurseur qui a eu une très belle rétrospective à Evian en 2007), Miss Tic, Nemo, Mesnager, Artiste-Ouvrier, Space Invader (vous ne pouvez ignorer ses carreaux de mosaïque qu’il pose dans toutes les villes du monde !), Zevs (prononcez Zeus) dont les contours d’ombres au sol sont célèbres, et bien d’autres...
Plusieurs artistes des rues sont monté assez haut pour figurer dans le marché de l’art : en galeries, en expositions, aux enchères ou dans les musées, comme il en est des groupes disco ou rap qui remplissent les boîtes, salles de concert voire les stades.
Même non initié, vous pouvez facilement distinguer ces simples genres :
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> les tags (définition du mot) : ne pas confondre, comme le fait bêtement l’Administration, les graffs et les tags ; ceux-ci sont des signatures rapides d’individus, de groupes (de quartiers, pseudo-politiques, etc) ou d’ados en mal de grandir : - ces salissures n’ont généralement rien d’artistique et doivent être combattues, sauf les tags qui servent à signer une fresque ; les auteurs de ces cochonneries ont pour but de saloper le maximum de périmètre (comme les chiens font pipi pour marquer leur territoire) ; toutefois certains ont quand même le scrupule de ne pas dégrader les fresques ou lettrages réussis - à notre point de vue définitif, d’autres pensent qu’il faut y distinguer les efforts calligraphiques de quelques uns (merci IndexOne de votre info et visuel ci-contre), reconnaissables par un style recherché ; c’est juste et ceux-ci, nous les classons dans le "lettrage". |
non ! oui ! |
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> le lettrage, ou "writing" ou "letters" est une évolution positive des tags, qui a donné naissance à un graphisme particulier qu’on retrouve dans les graffitis, faits de caractères pleins boursouflés type 3D ("flops", "bubbles" ), entrelacés, étranges, qui ont même influencé les jeux vidéos, les polices informatiques d’agréement (RDKrew, K.Zper, TEMcrew…) et d’autres à télécharger à Evry : auteurs => voyez les signatures clic=zoom |
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| > les fresques (ou "murals") sont généralement composées par un groupe ("crew") qui met à contribution plusieurs artistes se connaissant bien, sur un thème donné ; elles peuvent aussi être peintes sur un véhicule, un métro...
> haut |
dans le Queens (NY), face au PS1
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| > le pochoir, moyen ancestral, a l’avantage pour les "clandestins" d’être extrêmement rapide et réutilisable largement, d’où son succès ; c’est le travail préalable de traçage et découpage du carton ou rodoîde qui est délicat, ensuite le bombage est facile et permet de dupliquer rapidement ; le pochoir n’est pas seulement utilisé pour des petites insertions rapides et sauvages, mais aussi pour des fresques... |
Paris, face au Centre Pompidou
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...comme en témoigne ces 4 extraits d’une oeuvre se développant sur une quinzaines de mètres, commandée par La Poste de la rue d’Ulm à des artistes connus qui se sont groupés pour la circonstance : Nemo, Jef Aérosol, Speedy-Graphito, Mosko & Associés :
Qui a fait quoi ?> Nemo : les chats...
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| Ce pochoir omniprésent permet pourtant à certains virtuoses, comme "Artiste-Ouvrier" (autre site) (qui est aussi un érudit, comme son nom d’artiste ne l’indique pas) d’atteindre un niveau de subtilité étonnant : |
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Berlin, 2006, WCA and Hondoclic=zoom |
| > le dessin, le plus simple des moyens, est celui du détournement, de l’expression humoristique ou de la poésie dans la rue ; il présente la difficulté de ne devoir pas rater son coup puisqu’il est produit avec un crayon aérosol indélébile : | ![]() |
Paris, rue Pavée |
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> le collage de sérigraphies est plus riche, car c’est en fait une oeuvre imprimée d’avance qui est rapidement collée, mais elle est plus chère à réaliser et fragile aux entempéries, aux imbéciles et à la maréchaussée... : Paris, rue Mahler clic=zoom
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Mercenaires, 06dénonciation de leur usage comme moyen détourné de violer les droits de l’homme
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On appelle parfois post-graffitisme l’usage relativement récent de techniques comme le collage et les stickers, qui sont plus performantes sur le plan de la rapidité (on créer en atelier sur informatique et on diffuse par collage) et qui ouvrent la voie à des oeuvres plus diversifiées.
En toute synthèse, il y a deux catégories principales d’actions :
> le graffiti qui utilise exclusivement la bombe, quel qu’en soit l’usage : lettres, dessins, fresques... quels que soient les supports : murs, trains, panneaux...
> le "street art" (art des rues), qui utilise toutes les techniques mixées ou non (y compris l’aérosol) : peintures, sérigraphies collées, stickers, pochoirs, sculptures... à condition bien sûr que ce soit dans la rue !
l’enfant kamikaze rêve, à Ivry, par Keusta et les nombreux artistes de ce crewla fresque entière
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L’art du graffiti est vivant, il colle au plus près à la société de communication populaire et changeante.
Par exemple il s’inspire volontiers de la BD, notamment des mangas... |
bombage attribué
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...il investit des
skate-board en venteclic=zoom |
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...il est aussi proche du cinéma, notamment celui d’action et d’action violente (kung-fu, guerre, horreur...)...
rencontre dangereuse dans un coin sombre des Halles de Paris !clic=zoom |
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...et bien sûr, il est toujours actif à dénoncer les abus et les frustrations... allez, oust, du balai les cafards !clic=zoom |
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...il occupe les espaces de jeu des jeunes photo Christophe Reichenbach
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Un art qui ne manque ni d’humour...
fresque réalisée par Psyckoze Nolimite
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| ...ni de poésie... |
un des célèbres
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... et donne souvent dans le gigantisme :
fresque de 35 m., peinture effectuée par Bonom & Lork à la station Etterbeek à Bruxelles ; voir la fresque totale (merci Lork) attention, fichier lourd : patience au chargement.
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Bien malins les audacieux amoureux qui ont investi il y a quelque dizaines d’années dans les premiers tableaux ou fresques qu’ont consenti à faire certains graffeurs (tout aussi malins) ; car si au départ ces artistes se sont fait un honneur à ne bomber que des murs visibles par tous, le passage sur les murs intérieurs aura été irrésistible, ne serait-ce que pour leur permettre de vivre correctement, pour rendre pérenne leur oeuvre et satisfaire leurs admirateurs. Car, passé les motifs répétitifs de Keith Haring ou de Penk, le graffitisme s’est révélé comme étant un art alliant une forte expressivité à une remarquable finesse.
| Où en est-on en 2009 ? Il y a longtemps déjà que quelques fondateurs, devenant stars internationales, ont fait bonne fortune, comme par exemple John "Crash" Matos et John Perello dit JonOne (prononcez djonn ouane). |
John Crash : |
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En Angleterre, pays de spéculateurs autant qu’aux USA : Banksy a fait une percée allucinante en surfant sur la bulle financière, passant de 2000€ en 2004 à 400’000€ en 2007, mais c’était une outrance marketing avant la catastrophe, car plus raisonnablement en 2008 le marché du graffiitisme place les oeuvres historiques américaines de 20 à 50’000€ et les meilleurs artistes français actuels entre 2000 et 5000€, marché soutenu par une poignée de galeries à Paris et quelques ventes aux enchères ; Artcurial, a pour la 1ère fois intégré du graffitisme dans une vente contemporaine en juin 2007 ; et puis, il y aura eu cette extraordinaire expo. au Grand Palais en avril 2009 : le graffitisme est devenu... institutionnel !
(l’ajout, c’est nous) |
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Toujours pas convaincu ? Mais alors qu’attendez-vous pour demander à la mairie du 5è qu’elle efface cette fresque "officielle" d’Alechinsky ? clic=zoom |
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