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> il y a aussi un glossaire ! |
"Aimez-vous l’art contemporain ?", "- Oh non, je n’apprécie pas l’art moderne" : erreur ! Non de l’apprécier ou pas, affaire personnelle, mais l’art dit moderne s’arrête à la deuxième guerre mondiale ; s’y sont distingués Malevitch, Picasso, Dix, Matisse, Magritte, Hélion, Dewasne, Kandinsky, Klee… dont la maîtrise a culminé à cette époque.
Ainsi l’art contemporain commence-t-il dès la fin de cette guerre, fin 1945 ?
C’est en effet une définition très valable, celle généralement admise. Mais qui pose quelques problèmes, dont le plus évident est : combien de temps encore cette définition va-t-elle rester recevable ? Alors que le passage au XXIè siècle n’a rien arrangé, ayant "accéléré" brutalement le déroulement du temps !
Alors, comment résoudre le cas de l’artiste qui a commencé sa carrière à vingt ans en 1948 : peut-il encore se prétendre contemporain en 2008, alors que les gamins trublions qui viennent de sortir des Beaux-Arts se targuent d’en être, les morveux ?
artiste décédé ? hop, dans l’trou !Pire : et si notre papy artiste venait à mourir (ce qui est somme toute assez fréquent), resterait-t-il encore à son oraison un "artiste contemporain", face à l’Académie, qui veille (quand elle ne dort pas) ? Sacrilège : on ne peut tout de même écarter des monuments comme Pollock, Rauschenberg, Hartung, Warhol, Klein, Sol LeWitt, Fontana, Basquiat et bien d’autres qui, précisément, ont provoqué la transition de l’art moderne à l’étape contemporaine ! Et que deviennent les artistes récemment décédés, s’il ne sont plus dans les "contemporains" et n’ont pas été dans les "modernes" ? Horreur : ils vont tomber dans le vide, dans l’oubli ! Pas étonnant que les grands artistes français soient ignorés internationalement s’ils sont déjà vidés chez nous… | ![]() |
Il va falloir tout de même prendre une décision, et vite car l’eau coule sous les ponts...
C’est alors que dans le milieu autorisé comme on dit, vient doucement, progressivement, sur la pointe des lettres, l’expression "art actuel". Ah, la belle trouvaille, tellement originale ! Mais… comment délimitez-vous le terme "actuel" ?
Plus sérieusement, ce problème s’est posé lors de notre rédaction d’un dossier sur l’économie de l’art . Pour extraire les éléments économétriques de la base de données de ArtPrice (n°1 mondial des données des enchères d’art), il a fallu techniquement retirer les artistes décédés : c’est la définition littéraire qui a primé, alors qu’elle est évidemment repoussée par les professionnels de l’art. |
Nathalie Heinich, sociologue et directeur de recherche au CNRS, propose une approche générique permettant de différencier le genre moderne du genre contemporain, qui permet de s’affranchir élégamment de la chronologie, qu’elle expose dans le n° spécial "Art Contemporain" de Gestion de Fortune d’octobre 2008.
En résumé le genre contemporain serait avant tout transgressif vis-à-vis cite-t-elle : "des contenus avec le Minimalisme, des contenants avec Support-Surface, du bon-goût avec avec le Nouveau Réalisme, des frontières morales par la provocation ou le blasphème...", etc. il s’agit d’un regard tout à fait intéressant car il permet de comprendre notamment pourquoi des artistes d’aujourd’hui ne sont pas contemporains (mais modernes ou classiques) et que des chronologiquement modernes sont plutôt contemporains, par analyse de leur démarche et de leurs oeuvres.
Elle illustre en donnant en exemple la musique ; en effet on peut estimer que la musique moderne ou contemporaine sont des genres assez clairement perceptibles de la musique classique, la première se distinguant en particulier par le dodécaphonisme et la deuxième par une libération totale amenée notamment par l’usage d’instruments nouveaux (électroniques par exemple).
En savoir plus : Nathalie Heinich, La Sociologie de l’art, La Découverte , 2001
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