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Le groupe La Martinière rassemble 18 maisons comprenant La Martinière Beaux-Livres ("LMBL"), Minerva, Aubanel, Hermé, le Seuil, et plusieurs éditeurs plus petits. | ![]() |
Brigitte Govignon |
| http://www.netaffiliation.com/ —> |
| Interview réalisée en 2006 |
Almanart : qui sont vos clients ?
Brigitte Govignon : généralement des gens cultivés qui aiment lire et qui peuvent investir un peu d’argent dans un livre illustré qui coûte en moyenne 45€ (entre 20€ er 130€). Nous n’avons pas de données très précises sur ces acheteurs mais connaissons mieux ceux qui vendent nos livres : des grandes chaînes comme la Fnac et Virgin, des libraires de toutes tailles, des librairies spécialisées comme celles des musées.
> At : personnellement, quel est votre rôle ?
B.G. : d’abord de diriger une équipe de six éditrices (un métier très féminin) qui ont en charge de mener toute l’élaboration du livre, depuis le dépôt par l’auteur des photos et textes, pour en faire un ouvrage avec sa couverture, ses pages intérieures, ses pages imprimées, ses illustrations, bref un livre fini…Ce travail quotidien s’appelle le suivi éditorial ; il est réalisé sous ma direction par les éditrices. Mon second rôle se situe en amont pour trouver les auteurs, les recevoir, conceptualiser le livre et commencer à construire le programmme éditorail des années à venir.
> At : une ligne éditoriale se construit-elle 1 à 2 ans d’avance ?
B.G. : oui, l’été 2006 nous avions déjà des projets pour 2008 et notre programme 2007 est bouclé aux 4/5ème : faire un livre c’est une longue alchimie...
> At : est-ce vraisemblable que quelqu’un vienne en disant "voilà j’ai un beau projet", ou cherchez vous vous-mêmes vos auteurs ?
B.G. : d’abord, une maison d’édition comme la nôtre, qui va avoir 15 ans, a déjà ses auteurs qui d’années en années continuent à oeuvrer avec nous ; nous suivons leur travail qui représente environ 1/3 de nos publications ; nous travaillons avec eux, les voyons régulièrement ; de temps en temps il faut les encourager, les "booster", les accompagner car ces gens travaillent seuls.
Bien sûr nous sommes très sollicités par tous ceux qui ont des projets : chaque jour par téléphone, par mail ou par La Poste, je reçois des propositions de livres, des photographies, des documents.
Le turn-over des nouveaux auteurs par rapport aux anciens est important : nous sommes une maison vivante !
Et puis nous cherchons nous-mêmes de nouveaux projets que nous essayons de mettre en place à partir d’une idée, d’un concept, d’une tendance que l’on sent prendre de l’importance, comme par exemple le changement climatique, qui est un sujet important pour l’avenir de la planète.
En fin de compte c’est le Comité Editorial qui regarde de près tous ces projets.
> At : les lecteurs d’Almanart feront bien sûr le parallèle avec le travail des bonnes galeries d’art envers ces auteurs que sont les artistes : elles aussi reçoivent plusieurs artistes par jour et ont une même démarche !
> B.G. : oui, on doit bien recevoir entre 5 et 10 projets par jour, mais je ne suis pas la seule : Hervé de La Martinière est très sollicité, comme mes éditrices qui, elles aussi, ont des relations qui voudraient être éditées chez nous.
> At : Un mot sur la fabrication ?
> B.G. : un service de fabrication important suit tous les livres au niveau technique : photogravure, impression, reliure, transport ; nous imprimons en France, en Italie, dans les pays de l’Est, en Asie, en Chine.
> At : lorsque vous créez un livre en français et que vous voulez le rendre international, comment cela se passe-t-il ?
> B.G. : dans ce cas on cherche des coéditeurs à la Foire de Francfort ou la Foire de Londres ; nous avons une équipe qui ne travaille que pour le marché international. Car pour vendre au fin fond de l’Amérique latine, de la Suède ou de la Russie, il faut passer par des éditeurs locaux qui traduisent les textes et utilisent leur circuit de distribution ; c’est ainsi que le livre de Yann Artus Bertrand (voir ci-dessous) est publié dans 30 pays, le dernier ayant acheté La Terre Vue du Ciel est un Lituanien.
> At : il y a eu de grands succès chez vous comme ce fameux livre de Yann Artus Bertrand dont les photos ont été exposées sur les grilles du Luxembourg et, plus récemment, ce splendide livre sur Jean Paul Goude qui semble être aussi vraie réussite !
> B.G. : oui mais l’échelle n’est pas la même : le 1er sorti en 1999 a été vendu dans le monde entier à 3 millions d’exemplaires, alors que le 2ème est sorti en 2005 à environ 50’000 exemplaires, dont 6’000 pour l’édition française ; l’éditeur londonien l’a publié en anglais pour la vente en Angleterre et aux USA, et en version allemande ; mais c’est un succès car Jean-Paule Goude n’est pas très connu du grand public, même si l’on voit partout ses géniales pubs pour les Galeries Lafayette ; et le livre coûte 70€ sans compter l’édition de luxe à 300€ dans un coffret avec une photographie signée (épuisée).
> At : et un futur succès vient peut-être de sortir : une monographie de David Hamilton, ce photographe célèbre splendide et sulfureux, spécialisé dans les images érotiques d’adolescentes ; en art c’est une success-story des années 70 qui perdure, par exemple une exposition solo a été remarquée chez Strouk en début 2006 ?
At : merci, Brigitte, de nous avoir fait découvrir ce monde !
> B.G. : difficile de savoir si ce livre sera un succès, bien qu’à chacune de ses expositions il y a un monde fou, qu’il vend bien ses photos et que le charme de ses jeunes filles innocentes continue de fonctionner ; pour notre part nous avons souhaité faire un livre très élégant de sorte que si les libraires sont un peu inquiets de l’aspect sulfureux, ils soient rassurés par sa qualité
> At : une question posée sur almanart.com : quelle est la différence entre un "livre d’artiste" et un "livre d’art" ?
> B.G. : le livre d’artiste est édité en tout petit tirage (50 à 300 exemplaires) et comporte au moins une œuvre originale de l’artiste, par exemple une lithographie, ou une mini-sculpture placée dans l’ouvrage ; il est vendu cher, de 300€ à 3000€ et passe par le circuit des galeries et éditeurs spécialisés, pas par les distributeurs de livres.
Le livre d’art est plus simplement un ouvrage qui aborde l’histoire de l’art, la monographie d’un artiste, etc., pour lequel on va s’efforcer de reproduire les œuvres avec la meilleure qualité possible en restant dans la production industrielle ; le livre d’art est tiré entre 3000 et 5000 exemplaires, on n’est pas dans la même catégorie.
> At : parlons des droits d’auteurs (voir notre rubrique juridique) ; avec le livre d’art vous êtes confrontée à la problématique de ces droits qui restent attachés à l’artiste pendant 70 ans à compter de son décès ; lorsque vous éditez un livre d’art contemporain vous devez payer ces droits : n’est-ce pas très défavorable à l’édition contemporaine par rapport à l’édition ancienne ?
> B.G. : exact, cela coûte cher de publier des artistes qui ne sont pas dans le domaine public, d’autant que ce coût de reproduction augmente avec le tirage et double si l’on fait une édition internationale ! Par exemple reproduire une œuvre de Matisse coûte en moyenne 300€ pour l’édition française et 500€ pour une édition mondiale ; imaginez alors qu’on mette 100 œuvres : ce livre, avant même d’avoir été mis en page, va déjà coûter 50’000€....
Cela augmente aussi le risque, car la rentabilité de ce livre est aléatoire : vendra-t-on 5’000 exemplaires ? Si l’on sait qu’un ouvrage sur Matisse a un bon potentiel de vente, ce n’est pas le cas pour un artiste contemporain moins connu, dont les droits sont les mêmes alors que le public est limité ; ces livres coûtent tellement cher au départ que beaucoup d’éditeurs reculent devant le risque financier.
Pour un ouvrage collectif on s’adresse directement à l’ADAGP (voir cette rubrique) et payons les droits d’auteurs correspondants.
Quant aux artistes non inscrits à l’ADAGP, qui se gèrent donc eux-mêmes, ils peuvent s’aligner sur le même tarif que les autres ; la même chose pour les agences de photos qui défendent et qui vendent le travail de leurs photographes.
Mais il y a des artistes qui cèdent leurs droits, préférant être vus : des livres d’artistes, surtout de petits tirages, sont faits comme cela.
> At : quid des ventes de livres sur Internet, sachant que le SLAM (syndicat des livres anciens, enquête en fin 2005) a montré que leurs libraires craignent cette concurrence, mais montre aussi que 30% d’eux utilisent ce média, que 60% disent vendre et 10% vendre beaucoup ? Pour ce qui est de votre édition d’art moderne, la mise sur Internet peut-elle être un débouché ?
> B.G. : traditionnellement le travail auprès des libraires se fait grâce aux représentants qui les visitent ; nous avons près de 50 représentants qui sillonnent la France, la Suisse, la Belgique et les TOM ; mais nous avons une représentante qui s’occupe de la vente en ligne ; elle scrute les différents sites et ces dernières années son chiffre d’affaire a beaucoup augmenté ; pour les beaux livres c’est un marché porteur car, lorsque vous voulez un livre de 4 kilos et savez qu’acheté sur Internet il sera livré à domicile pour le même prix...
> At : mais en librairie l’amateur est confronté directement au livre, il aime le feuilleter, le toucher, s’y promener : les gens qui achètent sur Internet ont-ils déjà fait ces démarches chez un libraire pour aller ensuite l’acheter en ligne ?
> B.G. : peut être mais à terme les sites vont s’améliorer, on pourra feuilleter les livres, découvrir les auteurs, mieux comprendre qui ils sont, lire quelques pages… nous finalisons une nouvelle version de notre site, avec des blogs d’auteurs qui racontent comment ils ont fait le livre, où l’on pourra voir non seulement ses photos, mais aussi Yann dans son hélicoptère en train de travailler : vous aurez envie d’acheter son livre sur le site.
> At : vous êtes, DG, obligée d’avoir un œil sur les chiffres, d’animer le couperet, de dire non, et en même temps vous vivez une passion culturelle… est-ce difficile à concilier ?
> B.G. : c’est vrai, derrière les chiffres reste un métier artisanal, fait de rencontres avec des gens qui parlent de ce qu’ils ont fait, de leur passion, de leurs envies ; les réunions éditoriales sont des moments vivants avec des échanges sur chaque projet examiné ; il y a un rapport immédiat avec le matériau : c’est la force de ce métier. Parfois on défend un projet auquel on croit, puis au final le livre ne se fait pas pour des raisons diverses ; c’est un peu décevant, mais c’est ainsi que se construit un programme ; n’oublions pas qu’on veille aussi la concurrence !
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