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Figuration Narrative : la vraie vie !

Un mouvement essentiel, vu à travers l’exposition au Grand Palais ;
fermée le 13 juillet, elle sera à Valence en Espagne du 18/09/08 au 11/01/09

 

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Dans la France révolutionnaire des sixties, des peintres d’origines diverses se reconnaissent, reconsidèrent l’esthétisme, la technique et le rôle de la peinture et s’engagent vis-à-vis de la société en introduisant la narration dans la figuration. La Figuration Narrative est née en 64 : ce n’est pas un mouvement puisqu’il n’y a ni leader ni doctrine, mais un genre majeur, trop tardivement reconnu.

Les fondateurs sont Télémaque, Rancillac, Foldès et le critique Gérard Gassiot-Talabot.
La 1ère expo. en 64 réunit au Grand Palais une majorité de "Narratifs" :
Eduardo Arroyo, René Bertholo, Gianni Bertini, Oyvind Fahlström, Peter Foldès, Peter Klasen, Jacques Monory, Bernard Rancillac, Antonio Recalcati, Peter Saul, Hervé Télémaque et Jan Voss.
Puis immédiatement les ont rejoints Gérard Fromanger, Erro, Gilles Aillaud, Valerio Adami, Henri Cueco
et les collectifs Aquipo Cronica et Coopérative des Malassis ; puis enfin Peter Stämpfli, Gérard Guyomard, Gérard Schlosser et Ivan Messac.

 

un genre subversif !

Ces peintres sont passionnés de cinéma, de littérature, de BD, admirateurs du pop’art naissant aux USA (ayant grandi pendant la guerre) fascinés mais inquiets de la société de consommation ; ces hommes réfléchissent à une société nouvelle et "veulent redonner à la peinture une fonction politiquement active" [Pierre Gaudibert, 1992].

 


les compères Aillaud, Arroyo et Recalcati ont commis cette fausse BD qui créa un scandale ! Pourquoi ?
Elle s’appelle "la fin tragique de Marcel Duchamp", un assasinat du père, 1965, Centre de la Reine Sophia, Madrid
clic=zoom ... (courtoisie M.Nacional)

 

Les styles de ces artistes sont très divers, mais vous trouverez des critères de reconnaissance : représentation de la durée, toiles de grande taille porteuses de messages comme le sont les affiches, efficacité de la forme, contenus subversifs ou politiques, un certain humour ; "ils ont compris que le caractère subversif de leurs oeuvres devait tenir dans leur dimension esthétique"[Jean-Luc Chalumeau].

 

sa place dans la révolution culturelle des 60’s

La culture subit un bouleversement entre 1960 et 1970, citons : Hara-kiri, Salut les Copains, Nouveau Roman, Rolings Stones, Beatles, minijupe, StarTreck, télé couleur, Shadocks, 2001 l’Odyssée, Woodstock…
L’art plastique a vécu ces convulsions : certains peintres se sont vigoureusement engagés dans le domaine esthétique, social, politique et philosophique ; c’est la Figuration Narrative qui y a le plus contribué, les autres mouvements étant apolitiques, comme l’abstraction ; certains ont même participé à l’Atelier Populaire des Beaux-Arts de mai 68 qui fabriquait des affiches de propagande "révolutionnaire" !

  En France le surréalisme finissait et l’abstraction se battait avec la figuration, aux USA le pop’art explosait ; l’art plastique mondial voyait la succession de l’art optique, du Nouveau Réalisme (France) et du Combine Painting (USA), de l’art conceptuel, du minimalisme, du body-art, de Fluxus, de l’hyperréalisme, de l’arte povera, du land-art… La mort de l’art français, mondialement prépondérant, a été annoncée par l’attribution du 1er prix du Festival de Venise 1964 à Rauschenberg, puissamment appuyé par les lobbies privés et publics américains : la France ne s’en est pas encore remise… les artistes de la Figuration Narrative non plus, qui sont aujourd’hui sous cotés, bien qu’en forte ascension. Dix ans de révolution sociale et politique depuis 1960 :
pillule, contestation des guerres d’Algérie et du Vietnam, Kennedy, Gagarine, mur de Berlin, crise de Cuba, supermarchés, troubles antiracistes aux USA, Mandela en prison, de Gaulle Président, Mao et le Petit Livre Rouge, guerre des Six jours, mort du Che, le Concorde, contraception libre, Mai 68, printemps de Prague, marche sur la lune, MLF…

 

l’exposition a donné une leçon d’histoire de l’art

 

Cette exposition au Grand Palais a eu le mérite de proposer une reconstitution indispensable aux générations qui n’ont pas vécu cette période.
Car un mouvement sans doctrine ni leader, de plus quelque peu subversif, n’est pas facilement abordable. Quelques explications :

> les prémices entre 1957 et 63 sont des oeuvres maladroites mais qui suscitent la curiosité ; à l’époque elles étaient déjà scandaleuses

Gérard Fromanger, l’Album Le Rouge, 1970
clic=zoom ... (courtoisie G.Fromanger)


  > puis vint le choc de la 1ère exposition en 64 : Mythologies Quotidiennes au MAM-VP, montée notamment par Rancillac, Peter Foldès et Télémaque, autofinancée, que même Restany (le chantre de la Réalité Nouvelle) n’a pas su interpréter :"du pop’art à la française, de l’américanisme hâtif…" ; c’est pourtant le point de départ d’une Nouvelle Figuration qui "oppose à la dérision du pop’art trop statique, la précieuse mouvance de la vie quotidienne" [Gassiot-Talabot, défenseur et inventeur de l’appellation Figuration Narrative]


 

 

> mais la messe tourne au noir : non seulement quelques jours avant l’ouverture, ce fameux 1er prix de Venise efface la France du regard international, mais nos gaulois se chamaillent… Restany et Gassiot-Talabot ferraillent, leurs poulains s’opposent à l’abstraction qui elle, se décompose en morceaux… cela commence mal

> les artistes de la Figuration Narrative sont des intellectuels, des érudits de l’histoire et de la littérature, des hommes qui remettent en question la société et la politique : c’est moins sexy que les productions déjantées Pop ou Réalité Nouvelle dont les créateurs s’éclatent joyeusement ; comparez leurs expositions respectives au Grand Palais de 2007 et 2008 : la différence ressort dans les oeuvres comme dans l’ambiance

 

un art en phase avec la vie quotidienne

L’originalité de la Figuration Narrative est de s’alimenter du quotidien ; ce quotidien n’est pas statique, il vit, il a une durée, il se compose d’histoires, de drames, d’anecdotes. La matière abonde, portée par la TV, le cinéma, les journaux, les BD, la pub…, autant de médias nouveaux et populaires dans lesquels ces artistes puisent ; "je voulais m’opposer à l’idée que la peinture n’a rien à voir avec l’événement" [Rancillac, catalogue de l’expo.]

 


Télémaque, Banaia3, 64
clic=zoom .... (courtoisie RMN)

 

 

Les artistes :
> s’expriment par ces mêmes techniques : à-plats, zooms, juxtapositions, travellings… au point même que certains y voient une insulte à l’âârt et aux bonnes manières
> exemples : Télémaque puis Fromanger utilisent l’épiscope qui projette en grand une image sur la toile, qu’ils reprennent en peinture ; la BD est détournée par Falhström, Saul, Erro et Rancillac ; le roman noir et l’érotisme sont l’apanage de Monory, Adami et Klasen ; la photo une prédilection de Rancillac et de Adami ; la rue, ses magasins et sa foule, sont le territoire de Fromanger… ; "ce qui m’intéresse est la rapidité du langage dans les arts dits commerciaux (comics, pub, cinéma…" [Télémaque, catalogue de l’expo.] ; et comme tous s’expriment sur un média très codifié à l’époque : la peinture, quel scandale !
> surtout ils se sont engagés sur le plan social et politique avec des opinions novatrices, en phase avec la contestation anarchisante ambiante, ce qui n’était le cas d’aucun autre mouvement ; il ne se sont pas exprimés par l’agression frontale que nous connaissons actuellement mais par la dérision et le détournement, comme vous le voyez dans la salle dévolue aux "Détournements" des tableaux anciens et celle à la "Figuration politique" ; avec Arroyo, Fromanger était très actif, il a notamment développé un langage des couleurs, dont l’emblématique rouge

Ne manquez pas le passionant entretien avec Gérard Fromanger, sur l’engagement de l’artiste et l’actualité de la Figuration Narrative.

 

l’Ecole de la Figuration Narrative

Dans l’exposition la période s’arrêtait brutalement en 72, coupure arbitraire incompréhensible car ce mouvement s’est enrichi longtemps de nouveaux artistes ; de nombreux artistes y ont adhéré tout au début 70 : Ivan Messac, Gérard Guyomard, Gérard Schlosser… et d’autres plus jeunes ont perpétué, porté jusqu’à nous ce mouvement, démontrant sa dynamique et son ampleur réelle.
Comme chez les Nouveaux Réalistes dont on voit les oeuvres spectaculaires partout, les Narratifs sont très présents actuellement, dans les galeries et les musées, sans qu’on sache véritablement qui ils sont. Sur ce plan l’exposition est complétement déficiente.

 

Ivan Messac a réalisé ce tableau en1969, interprêtant une actualité alors extraordinaire : la 1ère greffe du coeur ! Mais que fait donc le révolver et le coutelas sur la table d’opération (humour noir bien dans la ligne des Narratifs).
Messac a aussi prouvé sa capacité de renouvellement tout en conservant son style, par l’exposition chez Orel Art en fin 2007 sur le thème de Maïakovski, qui a marqué les esprits, et par celle de Lisbonne sur le poète Pesoa.

essac, A Coeur Ouvert, 69
clic=zoom ... (courtoisie I.Messac)


Sur l’expo plus précisément Almanart a regretté (voir l’analyse) :
> l’approche étriquée : quand on expose un genre important de manière encyclopédique, on montre l’influence qu’il aura eu sur les générations suivantes et sa place actuelle dans l’art
> le mépris vis-à-vis ceux qui cherchent à promouvoir l’art français dans la concurrence internationale ; en 2006 le Ministère de la Culture avait exprimé cette volonté de promotion et organisé la Force de l’Art puis les Nouveaux Réalistes en 2007 au Grand Palais ; nous attendions ici la prolongation de cet effort, las….

 

plus d’informations :

Il y a eu assez récemment une rétrospective importante à Orléans puis à Dôle, en 2006, grâce notamment à Mme Dary Directrice du musée de Dôle ; Paris n’a que suivi... Il est intéressant de voir que la période couverte était de 1964 à 1977 et donc y a rassemblé tous les artistes du mouvement, contrairement à celle de Paris.

Et aussi :
> l’extraordinaire catalogue, qui fera date par sa qualité et l’abondance de références (350 pages !)
> le site de l’exposition
> la critique de Libération
> le DVD "Quand l’art prend le pouvoir", RMN-Arte
> au Cercle d’Art : Figuration Narrative, Jean-Luc Chalumeau, 2005
> chez Gallimard : la Figuration Narrative (à la Villa Tamaris), Jean-Louis Pradel, 2000
> l’interview de Gérard Fromanger sur la Figuration-narrative
> la rétrospective Gérard Fromanger en fin 2006
> l’expo Monory en 2004

Note sur les visuels : certains sont liés à l’exposition du Grand Palais et seront retirés (ou remplacés) 2 mois maximum après l’expo. ; d’autres sont proposés directement par les artistes pou rester visibles.

 

 

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